Jérôme Attal ou le côté fleur bleue des garçons

In: Bouillon de culture, Défonce-moi le tympan - Monday 5 January 2009 @ 20:38

Jérôme Attal est souvent qualifié de dandy, de type chiquissime, d’héritier de Gainsbourg. Il écrit des chansons sur l’amour malheureux, que l’on perd, auquel on succombe, l’amour quoi, sous toutes ses formes. Il tourne des clips gentiment sensuels avec de jeunes comédiennes en vue sous la direction de Frédéric Taddéi ou fait carrément des duos avec elles. J’avoue qu’à ce petit jeu des ressemblances, je suis bien plus sensible à la fausse nonchalance et au côté sombre d’un Benjamin Biolay que celui de Jérôme Attal auquel je reconnais des qualités de songwriter et compositeur indéniables, mais dont la voix pincée et maniérée peut vite se révéler désagréable.

Pourquoi cette longue intro qui a priori n’a rien à voir avec la littérature ? Parce que Jérôme Attal n’est pas seulement une figure de la chanson française, il est également romancier. Mais là où il est intéressant de le rappeler, c’est que Jérôme Attal envisage tout ce qu’il fait sur le plan artistique comme une « œuvre globale » où ses chansons, le journal intime qu’il tient sur le net depuis 1998 et donc ses romans sont des créations non distinctes les unes des autres qui s’inter-pénètrent et se répondent mutuellement. D’ailleurs les deux romans de Jérôme Attal s’accompagnent de bande-son qui sont déclinées sur deux MySpace ici et

L’amoureux en lambeaux et Le garçon qui dessinait des soleils noirs sont deux versants de plusieurs personnages qui se croisent dans un univers parisien qui touche au milieu du rock. Ce qui lie tous les personnages masculins de Jérôme Attal, c’est leur romantisme absolu dans la lignée de Werther et autres héros qui sont mis à terre par une rupture qu’ils n’acceptent pas ou découvrent avec stupeur le fait d’être soudainement éconduit quand eux sont fous d’amour. Dans les romans de Jérôme Attal ce sont véritablement eux les héros, les filles sont souvent floues, éthérées, voire absentes.

Dans L’amoureux en lambeaux Simon et Thomas comparent leurs désarrois amoureux au cours de longues conversations où Simon s’enflamme contre la terre entière et surtout les femmes, ces foutues femmes qui ne savent pas ce qu’elles veulent et semblent être nées uniquement dans le but de les faire souffrir. Là où Thomas plus secret, répond mollement, voire ne répond pas, tout enfermé en lui-même et sa douleur de malade d’amour. Les filles qui les entourent sont à peine sexuelles, tout juste sexuées (malgré les confidences érotiques de Simon quand il évoque son ex Natalie, celle qui veut qu’on prononce son nom sans le « h » (sic)), ce sont des mannequins, des groupies qui ressemblent à des ballerines emo quand elles assistent à des concerts de rock, de vraies jeunes filles quoi. Le tout écrit dans une langue très scolaire, très appliquée même, où les métaphores et comparaisons semblent plaquées sur le texte au lieu de l’accompagner, comme si Jérôme Attal voulait se forcer à trop bien faire, mais sans arriver à faire totalement exister ses personnages. L’amoureux en lambeaux en devient anecdotique et presque un exercice de style sur le fait de jeter sur le papier toutes les considérations de jeunes trentenaires sur le couple, la passion, les sentiments mais sans la fougue qui emporterait le lecteur.

Cependant ce premier roman permet d’entrevoir le personnage qui sera le héros du Garçon qui dessinait des soleils noirs, le chanteur de rock Basile Green qui ne fait qu’une apparition brève dans L’amoureux en lambeaux. Basile Green a eu du succès avec son groupe voici deux ans et là il patauge. Amoureux d’une Anika lointaine et inaccessible, ayant perdu l’envie d’aller aux répétitions, de répondre à des interviews, il traine ses angoisses et son agressivité latente dans les rues de Paris, retrouve le chemin de l’appartement familial rue de Grenelle où il vivait avec sa mère et son grand frère Odilon – désormais introuvable, il lui fait croire qu’il vit aux Etats-Unis plutôt que d’avouer qu’il a raté sa carrière d’écrivain - et croit voir leurs fantômes errer dans les grandes pièces vides. Au hasard des pages, on retrouve parfois Thomas et Simon, mais dans l’ensemble le livre suit Basile et donne le rythme à l’écriture : nerveuse, parfois chaotique, riche, elle épouse l’errance du jeune homme.

Encore une fois, ce qui frappe dans le personnage de Basile c’est son désir d’amour, un désir d’absolu presque qui tend vers une femme quasi-absente. Est-ce sa prédisposition à voir la lumière en noir (ainsi que le suggère le titre du livre) qui le rend si prompt à préférer la tentation du spleen rageur, celui qui ne peut même plus transformer les ténèbres en matériau de création artistique, qui enlève toute dimension charnelle dans le manque de l’autre ? Le garçon qui dessinait des soleils noirs se termine sur une note désespérée à la Joy Division première époque, est suivi de deux textes courts La nuit verte et La solitude exécutée. Le premier assez dispensable, conte les marivaudages un peu casse-pieds de plusieurs personnages déjà aperçus dans les deux romans de Jérôme Attal. Le second est une annexe au Garçon qui dessinait des soleils noirs puisqu’il s’agit d’un épisode de l’enfance de Basile Green, envoyé contre son gré en colonie de vacances et qui découvre l’injustice et la tristesse à travers l’existence d’un souffre-douleur comme ce type de sociétés enfantines en compte toujours.

Des deux premiers romans de Jérôme Attal, Le garçon qui dessinait des soleils noirs est sans conteste le plus abouti, celui auquel on s’attache dans un mouvement doux-amer. D’autant que la peinture de ce jeune chanteur aux prises avec les affres de la création et des revirements du public tout comme ceux de la femme qu’il aime sonnent plutôt juste. Manque peut-être à Jérôme Attal quelque chose de plus animal dans sa façon décrire le manque, la souffrance amoureuse, juste une façon de dire que lorsque le cœur soupire, ce sont aussi les tripes qui parlent…

L’amoureux en lambeaux, Jérôme Attal, Editions Scali, 2007, 198 pages

Le garçon qui dessinait des soleils noirs (suivi de La nuit verte et La solitude exécutée), Jérôme Attal, Stéphane Million Editeur, 2008, 208 pages

On se remet au boulot hop hop hop!

In: Bouillon de culture - Sunday 4 January 2009 @ 18:53

Si vous avez cinq minutes devant vous (et disons du temps pour bien y réfléchir avant de vous y mettre huhu), vous pouvez aller voter pour élire les 500 meilleurs livres de tous les temps. Cessez de suite d’écarquiller les yeux, vous ne votez que pour 10 livres! (500 quand même, bonjour la crise.) Mais attention! Quand on dit “livres”, c’est bien “livres”: BD, romans, essais, recueils de nouvelles… Et puis aussi littérature francophone, étrangère, de genre, généraliste, jeunesse… Les votes seront clos le 28 février 2009, ce qui vous laisse encore le temps de penser votre sélection. Une chouette initiative de Culture Café, et j’ai hâte de savoir quel sera le palmarès final… [EDIT] Putain ceci est mon millième post sur My Way Or The HighWay! Comme le temps passe ^^[EDIT]

[Warning] Nouveau post sur Behind The Looking Glass

L’exaltation des sentiments

In: Bouillon de culture - Saturday 3 January 2009 @ 13:44

Le premier roman de Pauline Flepp a ceci d’étrange qu’il semble d’un autre temps. On dirait simplement qu’il est de ces textes intemporels, désuet sans être démodé. Ses personnages ont des langueurs et un tempérament souvent mélancolique qui ne détonnerait pas chez Stendhal. On peut aussi penser à Sambre, la BD outrageusement romantique d’Yslaire avec ses chassés-croisés de passions juvéniles dans le Paris de la seconde moitié du 19ème siècle. Pourtant c’est bien dans le Paris de maintenant que se font et se défont les personnages d’Un sourire particulier.

Pour lire la suite de ma critique du roman de Pauline Flepp, rendez-vous sur Discordance !

The Spirit

In: Cinoche and dividi - Friday 2 January 2009 @ 15:46

En regardant l’affiche de The Spirit, il y a une désagréable sensation de se faire enfler, sans qu’on puisse dire exactement pourquoi. De loin, vous pensez qu’il s’agit de la suite de Sin City. Car tout vous y incite : la typo rouge et nerveuse, le nom de Frank Miller en gros, la série de visages de femmes du film… Et en vous approchant, quelle n’est pas votre déception en réalisant qu’il s’agit en fait de l’adaptation d’une BD de Will Eisner avec Frank Miller pour seul réalisateur !

Qu’est-ce que The Spirit ? Au départ il s’agit de Denny Colt, un flic de Central City revenu d’entre les morts qui, on ne sait pourquoi, est invulnérable à l’impact des balles et des coups de couteaux. Tout l’attirail pour se faire le bras armé de la justice qui peut aider les flics sans risquer quoi que ce soit. Mais The Spirit a un énorme tendon d’achille : les femmes. Séducteur et incapable de résister à leurs appels, ce sont elles qui finissent toujours par le perdre. Ce qui n’arrange pas sa quête du pire ennemi de Central City, Octopus, médecin légiste dégénéré qui en veut personnellement à The Spirit pour de sombres histoires d’immortalité.

Plus d’infos sur ce film

Il y a quelque chose de gênant à voir Frank Miller passer une bonne couche de Ripolin-Sin City pour construire son film, faisant une curieuse superposition des deux, avec la ville-monde corrompue, le mélange d’une esthétique années 40/années 2000, les mêmes plans noir/blanc/tâches de couleur. Pourquoi ce qui était si réussi dans Sin City le film, tombe à plat dans The Spirit ? Sans doute parce que dans le premier Frank Miller avait essentiellement un rôle de consultant et que c’était Robert Rodriguez qui était aux commandes, assisté de Quentin Tarantino sur certaines scènes. Premier écueil. On ne le répètera jamais assez, le cinéma, la réalisation, la direction d’acteur, c’est un métier qui ne s’improvise pas.

Deuxième problème, le casting particulièrement raté et anti-charismatique, et pas seulement pour le rôle-titre. Gabriel Macht, mâchoire de Ken, caché derrière un masque qui achève de le rendre inexpressif débite des fausses voix off qui passent face caméra de façon carrément grotesque. Eva Mendès en Brigitte Bardot ou Sophia Loren d’opérette qui n’arrive même pas à rouler correctement des hanches dans ses superbes tenues de femme fatale. Et plein d’autres encore dont la prestation ne donne même pas envie de se fatiguer à chercher leur nom dans le générique de fin.

Les seuls à tirer leur épingle du jeu sont Samuel L. Jackson qui joue le rôle d’Octopus et Scarlett Johansson en Silken Floss, son assistante. Leur duo fonctionne plutôt bien sur le modèle de la vanne pourrie complètement assumée et de l’outrance cartoonesque que chacun balancent tour à tour, et qui trouve son apogée dans une scène qu’on croirait tirée d’un film de nazixploitation ! Ajoutons cela au fait qu’ils soient toujours secondés par une bande de clones chauves et bedonnants complètement crétins, que n’auraient sans doute pas renié Jeunet et Caro époque La cité des enfants perdus. Ils apportent une drôlerie décalée dans un film par ailleurs prodigieusement lent, aux faux noirs et blancs délavés, répliques plus que bof… C’est terrible d’en revenir constamment à Sin City, mais The Spirit ressemble tellement à son parent pauvre, voire très pauvre que la comparaison semble inévitable.

Au final The Spirit est un film décevant et qui par moments laisse le sentiment de quelque chose d’assez vain. Avec de vrais moyens scénaristiques et cinématographiques novateurs, il aurait sans doute été un grand film.

2008, c’est l’année où…

In: What's up today Dahlia? - Thursday 1 January 2009 @ 15:33

… J’ai commencé à mettre de la crème anti-âge matin ET soir, d’ailleurs selon les spécialistes, j’aurai dû commencer à 25 ans. J’ai totalement cessé de me teindre les cheveux pour un temps indéfini et du coup, ai retrouvé mon châtain clair d’antan pour la première fois depuis près de neuf ans. J’ai recommencé à porter les cheveux longs pour la première fois depuis très longtemps aussi. J’ai terminé l’écriture de mon premier roman. J’ai commencé l’écriture de mon deuxième roman. J’ai cessé d’écrire pour Strictement Confidentiel après neuf mois de bons et loyaux services. J’ai commencé à écrire pour Discordance et je suis passée responsable de la rubrique bouquins du site. Je n’ai toujours pas trouvé de boulot dans le domaine qui m’intéressait et y a de soirs où ça m’a presque donné envie de me flinguer. J’ai dit que j’arrêtais les conneries sur le plan amoureux et j’ai (presque) tenu parole. J’ai rencontré beaucoup de gens qui comptent. J’en ai aussi perdu des qui comptaient. Et puis j’ai mis la photo en second plan par rapport à l’écriture. Voilà en vrac. Rendez-vous en 2010 pour le prochain bilan!

Repo ! The Genetic Opera

In: Cinoche and dividi - Monday 29 December 2008 @ 15:38

Repo ! The Genetic Opera est sorti aux Etats-Unis depuis le 7 novembre 2008 et la question qui me brûle les lèvres bien sûr est… A quand la sortie française, bordel ?! Déjà rien qu’à lire le pitch, je trépigne :

« Dans un futur proche, une épidémie provoquant un dysfonctionnement des organes dévaste la planète. Plus de dix millions de personnes décèdent à la suite de cette épidémie. La panique éclate et les scientifiques établissent fébrilement des plans pour une récolte d’organes. Rupture de la tragédie, GeneCo, une société de biotechnologie aux multi-billions de dollars, émerge. GeneCo prévoit la transplantation d’organes par profit. En plus des options de financement, GeneCo se réserve le droit d’appliquer des mesures en cas de non paiement, y compris la repossession. Pour ceux qui ne peuvent pas suivre leurs paiements d’organe, la collecte est de la responsabilité de l’autorité “Repo man”, qualifiés d’assassins par GeneCo. Cette repossession des organes entraînera inévitablement pour le mauvais payeur… la mort. » (Wikipedia)

Mais quand je découvre le casting, alors là, j’ai les yeux qui manquent de me sortir de la tête : Nivek Ogre (Skinny Puppy). Et carrément Yoshiki (X Japan) pour produire la bande originale. Il ne manque donc plus que le trailer pour parachever le tout :

Si la filiation de la comédie musicale à l’origine de ce film avec le Rocky Horror Picture Show semble évidente, rien qu’à voir ces images, on sent beaucoup plus une patte à la Rob Zombie. Quelque chose de plus malsain, plus crasseux, mais nettement plus jouissif aussi. En tout cas, un de mes fantasmes vient de se réaliser, voir Paris Hilton en version goth et la trouver quand même mega-bonne comme ça. Et bien sûr Ogre, le grand Ogre sur grand écran.

Je retrouve tous les frissons qui m’avaient saisi lorsqu’ado, je découvrais la BD et le film The Crow, quand j’ai acheté mes premières Living Dead Dolls et que j’écoutais Nine Inch Nails sans savoir que huit ans plus tard j’allais plonger avec joie dans l’enfer des soirées electro-indus.

Vite une sortie française pour Repo ! The Genetic Opera ! Ca promet d’être tellement meilleur que Sweeney Todd

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