Paroles, paroles, paroles

In: Bouillon de culture - Friday 9 May 2008 @ 18:39

Décidemment la question du retour d’une émission littéraire à la télé agite les esprits en ce moment. Mais remarque c’est la bonne période, c’est bientôt les vacances d’été, il faut commencer à plancher sur ce qui va remplir les grilles de la rentrée, non? Bien entendu, celui qui vient immanquablement donner son avis sur la question c’est notre cher ami Frédéric, jamais à court d’idées et de bonnes intentions. Je lisais donc sa chronique pour Lire sus-citée ici, et j’étais consternée par les platitudes, les yakafokon, et le ton pour le moins pleurnichard du tout. Franchement, détailler point par point ses arguments me fatigue à l’avance parce qu’ils sont bien trop facilement démontables et surtout complètement dépassés. Mais comme on aurait to^t fait de dire que je cède à la facilité, je vais m’y atteler bravement.

Première chose, c’est nul, on ne laisse plus les auteurs s’exprimer assez longuement sur leurs écrits, on ne leur pose pas les bonnes questions. Oui, c’est sans doute vrai pour la télévision, mais Fred a-t’il été faire un tour sur le net? Parce qu’à ce niveau-là, il existe un très bon, un excellent site même qui remplit ce rôle, AuteursTV. L’intervieweur s’efface devant l’auteur, va jusqu’à gommer ses questions au montage pour lui laisser la parole, donnant corps à des entretiens riches, précis et tout sauf ennuyeux.

Deuxième chose, c’est tout de même un scandale que l’exercice du long entretien en tête-à-tête avec un présentateur qui connait son sujet n’existe plus. Je toussote, mais elle existe, si si [Non, je ne parle pas de Vol de nuit, faut pas déconner] C’est juste qu’elle passe très tard puisque comme son nom l’indique, elle s’appelle Des mots de minuit. Et en plus, elle donne de la place à toute la frange culturelle. Parce qu’après tout, il y a pas que la littérature qui est “menacée” à ce niveau à la télévision, vous trouvez qu’il en existe vraiment des émissions où les artistes, qu’ils soient plasticiens, musiciens, réalisateurs ou photographes peuvent vraiment s’exprimer pleinement sur leur travail? Parce qu’à ce stade, c’est un tout qu’il faudrait carrément revoir de fond en comble.

Troisième chose, pourquoi ne se bat-on pas pour qu’il existe une grande émission littéraire en prime-time? Ah nous arrivons au coeur du débat. Parce que voilà, il se trouve qu’Arte s’y colle pour la rentrée avec Eric Naulleau. Je vous l’accorde, apparemment ils souhaitent essentiellement se tourner vers la littérature étrangère et on ne sait pas encore si ça sera en première partie de soirée ou pas. Mais le concept a le mérite d’être franchement attirant. Et on peut penser ce qu’on veut d’Eric Naulleau mais pour ma part, je pense que quand on publie quelqu’un comme Pierre Jourde, on ne peut pas être entièrement mauvais.

Bref voilà, Fred ce qu’il veut c’est le retour de la grande émission littéraire en prime, qui reçoit des auteurs et les interviewe avec pertinence et sans complaisance, mais avec bienveillance malgré tout, je suppose qu’il en va de même pour les éventuels chroniqueurs et critiques qui seraient sur le plateau toussa toussa. Parfait, formidable. Mais au fait, il aurait pas animé ce type même d’émission disons au hasard sur Canal + et ce depuis plusieurs mois? Ah oui, il n’y avait pas d’auteurs, il y avait des critiques. Mais tout de même, c’était plutôt pas mal, voire bon, alors pourquoi ne pas aller présenter une émission petite soeur du Cercle au service public? Pourtant, il ne manque pas de contacts dans ce milieu Fred, faut pas charrier. La paille, la poutre jedisçajedisrien.

Je ne savais pas comment conclure ce post, alors je signalerai juste que j’ai chroniqué le petit roman La mort de l’Amour de Thomas Suinot pour Discordance et que c’est en ligne. En vous remerciant. :D

Look familiar?

In: Défonce-moi le tympan, Arts Grafiques & Vidéos - Wednesday 7 May 2008 @ 16:51

Equivoque de Tunisiano sorti début 2008:


Without me de Eminem sorti courant 2002:


Tout ça pour une note de courses alimentaires

In: Life is a bitch - Tuesday 6 May 2008 @ 17:38

Et vlan 54€ les courses de la semaine. Rien que ça. Il fut une époque où mon budget bouffe avoisinnait les 150€ par mois, disons 170 les mois où on faisait bombance avec les copains. Depuis quelques semaines, c’est 200€ minimum, je dis bien minimum. Mais croyez-vous que j’héberge des gens, que je ne me fournis qu’au rayon traiteur? Même pas. D’ailleurs y avait quoi, dans mon panier de ménagère. Que des produits de base: du pain, des yaourts, du sucre, du jambon, un peu de poisson, des pommes, bon je vais pas vous faire toute la liste, mais c’était pas des plats cuisinés Paul Bocuse, encore moins des entrecôtes de boeuf de 200 grammes. Mais en gros, y avait juste de quoi manger “sain et équilibré” pour une personne et pour une semaine quoi. Et quand vous décidez d’acheter un peu de bio, parce que c’est bon au goût comme pour la santé, je vous dis pas comme ça chiffre de suite.

Notre génération n’a pas connu comme celle de nos parents la tyrannie du “finis ton assiette, nous pendant la guerre on avait rien.” Au contraire, nous avons toujours baigné dans la surabondance de nourriture. Après une longue période à faire mes courses chez Leader Price, j’ai été obligée par commodité géographique de retourner chez Auchan. Les premières visites me plongeaient dans un vertige terrible: dans chaque rayon, pas loin de dix, quinze, voire vingt marques différentes pour le même produit! Il ne me restait qu’un truc pour m’y retrouver, scruter le prix au kilo. Et prendre peu ou prou toujours les mêmes choses. Ce qui fait que j’ai vu ma petite note hebdomadaire faire de sacrés sauts depuis quelques temps…

Certes, on ne peut pas dire qu’on meurt de faim dans ce pays. Pour autant, alors que je poussais mon caddie du métro à chez moi (oui, j’ai un caddie de mémé pour faire les courses), je me demandais si on allait pas bientôt devoir se mettre à faire comme les asiatiques et bouffer du serpent (parait que certains ont un goût de poulet) ou des insectes pour avoir un ratio en protéines moins cher que la viande ET les céréales. Et plus je cogitais, plus je commençais à avoir des flash-backs de Soleil vert avec ces pauvres qui bouffent du pain de synthèse tandis que les plus riches s’offrent des fruits, des légumes et de la viande au prix des lingots d’or. Et j’en avais des sueurs froides. Comme le jour où j’ai vu ce reportage sur la Corée du Nord en ayant l’impression de voir une réalisation de 1984. Il y a toujours quelque chose de rassurant à se dire que les romans d’anticipation sont toujours des exagérations de nos angoisses, genre mais non, ça n’arrivera jamais de cette manière. Pourtant, quand la réalité commence à grignoter lentement la fiction, y a pas à dire, ça fait froid dans le dos.

Update sur OhMyDahlia.Com

In: Arts Grafiques & Vidéos - Monday 5 May 2008 @ 11:54

Trois mois! Trois mois sans update! Moi aussi, le temps m’a semblé long rassurez-vous. Mais là, le fait est qu’on a bien bossé et que les nouvelles photos réalisées avec Kelly B. sont de toute beauté. Pour les retrouver, il suffit de vous balader dans la galerie Portraits (sous galeries Portraits - Noir et blanc et Portraits - Couleur), la galerie Nus (sous galerie Nus - Couleur) et enfin la galerie Sombre (sous galerie Sombre - Indus). On a commencé avec une paire de gants, c’était fort sage, ça a fini avec des chaînes et un cadenas et dans la lumière bleutée digne d’un film de David Lynch. Bonne visite!

Il y a longtemps que je t’aime

In: Cinoche and dividi - Sunday 4 May 2008 @ 19:27

Jamais je ne t’oublierai. Ca fait des semaines que l’horrible affiche du film de Philippe Claudel me narguait au fronton de l’UGC. Je dis horrible, parce qu’en toute objectivité cette affiche est une horreur, genre faites le plus moche possible pour donner un côté réaliste-profond. Ca me faisait hésiter. Ca et le fait que les écrivains qui réalisent des films c’est parfois réussi, mais généralement c’est atroce, voire très très atroce. D’autant que Philippe Claudel il est pas du genre marrant, si vous vous êtes envoyé l’adaptation de son livre Les âmes grises, vous savez de quoi je parle. J’en ai des souvenirs de gris, de terne et d’un ennui profond. Quant aux livres… Oh il écrit très bien Philippe Claudel, on peut pas lui enlever, mais son oeuvre entière est marquée par le sceau du terne et du gris. Mais qui sait, Philippe Claudel le réalisateur n’est sans doute pas Philippe Claudel le romancier. Allons voir donc.

Il y a longtemps que je t’aime s’ouvre sur une jeune femme qui court. C’est Léa (Elsa Zylberstein) qui traverse un aéroport en trombe pour aller chercher sa soeur Juliette (Kristin Scott-Thomas) qui sort de 15 années de prison. 15 ans c’est très long. Et elle en sort comme emmurée en elle-même, les mots ont du mal à sortir, malgré les efforts de sa jeune soeur qui l’installe chez elle à Nancy avec son mari qui se méfie, ses filles qui adorent l’idée d’avoir une “tata” et le père de son époux, silencieux depuis une attque cérébrale et qui passe son temps dans ses livres. C’est donc un long réapprentissage de la vie au-dehors d’autant plus difficile que Juliette tait encore son crime ainsi que les raisons qui l’y ont poussé…

Voilà pour situer. Fidèle à son univers de romancier, Philippe Claudel est beaucoup dans la peinture naturaliste, sa caméra reste discrète, comme pour surprendre les petits détails de l’existence, là une cigarette qui se consume, là des regards qui en disent plus long que des mots. Et contre toute attente, ça fonctionne plutôt bien. Les dialogues surtout, qui sonnent très juste (à ce propos le personnage de “Ptit Lys” la fille du couple Léa-Luc est particulièrement craquante) et les gestes des uns et des autres, mais surtout grâce à Kristin Scott-Thomas, somptueuse, blanche et silencieuse comme la glace qui observe tout et dit si peu. Enfin ça c’est pour le début parce que très vite, il y a des longueurs, et même pas mal de longueurs. On n’en finit pas de l’attendre la scène de fin où l’on va enfin révéler pourquoi Juliette a passé 15 ans en prison (parce qu’après tout, c’est quand même un des noeuds principaux du film) et Philippe Claudel prend bien son temps. En fait, pendant tout le film, il installe les circonstances atténuantes du personnage de Kristin Scott-Thomas, elle a commis un crime d’accord, mais attention, elle avait les raisons les plus nobles de le faire. Je ne vous ferai pas le coup du spoiler bien salaud en vous racontant de quoi il s’agit, mais je vous dirai juste qu’on est le consensus mou le plus complet. Et une fois que c’est révélé, hop générique de fin, la messe est dite. J’ai eu la singulière impression de me faire balader sur un film paré des meilleures intentions pour s’avérer au final incroyablement tiède sur un sujet aussi fort. Et je retiens aussi la fourberie des gens d’UGC qui pour aider à mieux vendre le film ont réalisé une campagne de bande-annonces spéciale pour le cinéma où l’on voyait des gens parler à la sortie des avant-première en larmes, incapables d’aligner deux mots à part “c’est bouleversant, ça parle de la vie… je ne sais pas quoi dire sinon que c’est splendide“, voyez vous-même. Mais me direz-vous, Philippe Claudel est-il un réalisateur? Il lui suffit d’une scène pour se ruiner, une seule. Celle où Elsa Zylberstein dont le personnage est professeur de littérature comparée à la fac engueule ses élèves comme une folle furieuse parce qu’ils ne savent pas commenter Crime et châtiment et les accuse de prendre les livres comme des bréviaires qui racontent une vérité absolue, alors qu’il n’en est rien bien sûr, la vie c’est pas ça vous comprenez, la vie c’est pas dans les livres. Arriver à caser un tel cliché littéraire au beau milieu d’un film, chapeau bas.


Plus d’infos sur ce film

Il y a longtemps que je t'aime - Philippe Claudel

Il y a longtemps que je t’aime, Philippe Claudel, 2008

La Nuit aux yeux de bête

In: Bouillon de culture - Friday 2 May 2008 @ 19:25

N’en déplaisent à certains, le roman fantastique n’est pas qu’histoires de vampires et autres créatures outrageusement gothico-romantiques. C’est tout simplement le moment où la réalité bascule lentement, très lentement jusqu’à révéler un monde inconnu qu’on soupçonne avec crainte. Et La Nuit aux yeux de bête de Monique Alika Watteau est à cet égard un roman d’une noirceur sensuelle et profonde, comme les puits humides et odorants perdus au fond des jardins de maisons abandonnées.

On tombe dans La Nuit aux yeux de bête comme on entre dans un enfer végétal qui se referme sur soi. Puisque l’on suit pas à pas Elisabeth Caine qui quitte Paris pour rejoindre Barney, ce zoologue qu’elle a croisé quelques mois plus tôt lors d’une soirée un peu mondaine et dont elle est tombée instantanément amoureuse. Au point de divorcer avec son époux d’alors, au point de revendre appartement, meubles, effets personnels pour se payer un aller simple vers la jungle de Bornéo. Elle marche pendant des jours et des jours dans la moiteur grandissante de la forêt asiatique avec un guide silencieux, avant d’enfin arriver au camp. Mais Barney est absent quand elle s’y présente, épuisée et malade. En revanche, elle est accueillie par Bébé, une jeune femme qui lui ressemble comme une jumelle. Elle se présente comme l’épouse de Barney, ce qui brise Elisabeth, effrayée de se trouver face à ce double qui arpente la maison entortillée dans un sarong et des collliers primitifs. Pourquoi Barney est-il marié à cette femme qui lui est diamétralement opposée et qui pourrait être son miroir? Elisabeth n’a plus qu’à attendre son retour. La jungle gronde. La sorcellerie n’est pas loin. La Nuit aux yeux de bête va s’étendre enfin.

Il a donc fallu plus de cinquante ans pour redécouvrir La Nuit aux yeux de bête grâce à cette réédition. Monique Alika Watteau raconte cette histoire par une écriture passée bien au-delà du sensuel. Ici les pages semblent animées d’une vie propre, les mots sont gorgés de sueur et de sève, on marche dans la terre humide et dans la passion au sens le plus bestial, le plus viscéral du terme. Elle écrit comme on compose un tableau aux multiples images repliées qui se déploient lentement et enserrent le lecteur dans un univers ruisselant aux mille nuances de vert et de noir. La Nuit aux yeux de bête est un texte fantastique mais sublimement poétique aussi. Chaque ligne, chaque paragraphe plonge dans un abîme d’extase frissonant, de peur, parfois de dégoût. Mais toujours de désir d’avancer plus loin, toujours plus loin dans cette jungle tout à la fois enchantée et maléfique. Elisabeth, plaie d’amour humaine face à Bébé femme animale aux yeux tout à la fois fixes et pénétrants et Barney l’homme aux milles désirs et mille secrets, personnages incroyablement palpables sous la plume de Monique Alika Watteau. Aujourd’hui devenue peintre sous le nom d’Alika Lindbergh, Monique Alika Watteau a également publié trois autres romans marqués du sceau du fantastique, des croyances primitives et des assauts imprévisibles de la nature. A redécouvrir au plus vite.

La Nuit aux yeux de bête - Monique Alika Watteau

La Nuit aux yeux de bête, Monique Alika Watteau, Editions Léo Scheer, Collection Melville, 2008 (1956 pour la première édition), 293 pages

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